Expliquer en détails le pourquoi de la crise financière serait sans doute
long et fastidieux, mais je tenais à poster un article sur celle-ci. J'ai
trouvé sur LeMonde.fr un schéma qui représente bien le pourquoi de la récession:
En complément de ce schéma, je vais tenter de faire un petit résumé rapide
concernant les causes de la crise.
Le système bancaire américain est très différent des modèles asiatiques ou
européens, il est beaucoup moins réglementé. Ainsi les banques américaines ont
toujours pu prêter beaucoup plus librement qu'ailleurs.
C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est courant d'entendre dire que les
États-Unis vivent à crédit et qu'ils financent leur croissance par la dette(entre
autres raisons, puisqu'on ne parle ici que de la dette des ménages alors qu'il
faut aussi prendre en compte la dette publique, la dette des entreprises, la
dette non financière et la dette financière intérieure et étrangère ainsi que
le déficit de la balance des paiements courants et l’évolution de la position
extérieure nette officielle). Bref, les américains sont très endettés.
Mais revenons au problème de la dette des ménages. Alors qu'en Europe ou en
Asie un emprunt nécessite des garanties de paiements relativement importantes,
celles demandées aux ménages américains (lorsqu'elles le sont!) apparaissent
ridicules. Ainsi des millions de familles ont pu prendre une hypothèque pour
acheter une maison par exemple.
Pendant les vingt dernières années, ce système a relativement bien fonctionné (soyons
honnêtes, il a très bien fonctionné!) puisque la croissance était au
rendez-vous, les taux d'emprunts relativement bas (plus élevé pour les pauvres
quand même) et les prix de l'immobilier montaient sans cesse. Une famille à
revenu modéré pouvait donc se voir octroyer des prêts sans que la banque prenne
de grands risques (tant que la conjoncture restait la même, voila le hic!)
puisque le peu de cessations de paiements étaient largement remboursées par les
revenus des autres prêts aux familles très modestes. On appelle ces prêts
immobiliers à risque des "subprimes".
Comme vous le savez sans doute, les banques à chartes sont contrôlées par des
actionnaires qui exigent d'importants taux de rendements. C'est d'ailleurs une
des raisons qui a poussé les banques américaines à mener une politique de
crédit aussi agressive! Mais c'est aussi du fait de l'appétit important des
investisseurs que les banques ont mis en place des systèmes de titrisation
des créances des emprunteurs. En gros, cela permet aux banques de transformer
les créances des emprunteurs en titres négociables à la bourse. D’une part, les
banques prennent moins de risques qui sont reportés sur les acheteurs et de l’autre
elles augmentent leurs flux de trésoreries à court terme ce qui est positif
pour les actionnaires.
Ca vous paraît un peu brouillé ? Voici un exemple :
Bob et sa femme souhaitent acheter une maison en banlieue de COINPERDU.
Bob distribue des journaux et ne devrait théoriquement pas se voir octroyer un
prêt. Toutefois, la banque ABC accepte que le couple se surendettent et leur
prête 96 500$ à un taux périodique annuel de 9,8% sur 20ans. Bob devra donc
verser 918$ par mois, ce dont il est à peine capable. La banque ABC récupérera
plus de 220 000$ au bout de vingt ans (à actualiser!). La banque ABC préfère
toutefois titriser la créance de Bob et la mettre sur les marchés boursiers
pour 130 000$(sans que cela ne touche Bob). Un investisseur XYZ (une entreprise
qui dispose de liquidités ou une autre banque par exemple) va donc acheter la
créance de Bob qui est assurée grâce à l’hypothèque sur sa maison à 96 500$. Et
les investisseurs vont eux-mêmes revendre ce titre lorsqu’ils auront
besoins de liquidités, etc. Ces titres étaient considérés comme « liquides »
par les investisseurs puisqu’ils pouvaient s’échanger très facilement contre du
cash sans perte de valeur significative.
Voici pour la situation jusqu’en 2006.
La crise des subprimes(CDS), qui a débuté en février 2007, a fait exploser en
morceaux cette danse à hauts risques américaine. Sans rentrer dans les détails,
on s'est aperçu (grâce à HSBC) que les emprunteurs n'étaient tout simplement
plus capables de rembourser.
Bob et sa femme n’arrivent pas à joindre les deux bouts (Bob avait pris
un Hummer à crédit aussi !) et ils ne font plus leurs versements
mensuels à la banque qui décide de saisir leur maison et la mettre en vente. Prise
individuellement, cette situation n’est pas problématique pour l’investisseur XYZ
puisque la vente de la maison
remboursera une grosse partie de son investissement. Mais multipliée par les
dizaines de milliers de Bobs (ils sont beaucoup !), la situation devient
dramatique puisqu’il y a beaucoup de maisons à vendre et que les prix de l’immobilier
chutent!
C’est le début de la crise. Les prix chutant, les investisseurs exigent
que les taux augmentent pour prendre en compte le risque qui augmente lui aussi
(oui, oui, c’est légal! Ce sont des taux variables!). De plus en plus de
ménages sont incapables de rembourser, se font saisir leur maison, aggravant la
crise de l’immobilier, etc. On rentre dans un cycle infernal.
Certains
ménages décident même que leur maison a tellement perdu de sa valeur qu’ils n’ont
plus intérêt à payer l’hypothèque et préfèrent se la faire saisir par la banque.
Les titres
de créances ne valent plus rien ! Les banques américaines comme étrangères
qui ont acheté des subprimes se retrouvent avec des actifs ayant perdu toute
valeur! Pour limiter la casse, les banques essaient d’emprunter mais elles
refusent de se prêter de l’argent entre elles : Qui sait quels actifs
pourris la banque A pourrait cacher à la
banque B ? La méfiance est de mise et il en résulte une asphyxie des institutions
bancaires qui ne peuvent plus continuer à prêter de l’argent aux ménages. Les
banques accusent donc des pertes colossales qui vont créer la panique sur le
marché financier : On passe d’une crise bancaire à un krach boursier !
IMPACT POUR LA SPHÈRE FINANCIÈRE : Les grandes banques d’investissements
sont menacées de faillites les unes après les autres. La plupart ont investit
massivement dans les subprimes et accusent des pertes colossales. Lehman
Brothers fait même faillite ! Le monde financier étant extrêmement dépendant
de ses différents acteurs, la crise se répercute à la vitesse grand V. La
confiance n’est plus là, les investisseurs sont dans l’angoisse et la bourse
fait du yoyo en fonction des décisions d’intervention politique ou des annonces
de faillites/mauvaises prévisions.
IMPACT POUR L’ÉCONOMIE RÉELLE : Moins d’investisseurs=moins de cash
à investir dans l’entreprise ! Les très mauvaises perspectives de
croissance entrainent la méfiance des entreprises qui se refusent à embaucher
pour l’instant (augmentation du chômage) ou procèdent carrément à des
licenciements. Cumulé avec les faillites, la consommation générale et le
pouvoir d’achat baisse, on rentre dans un cercle infernal : Bienvenue dans
la récession !
Pour info, ne vous inquiétez pas outre mesure pour vos économies à la
banque : les États privilégient le
sauvetage des banques de dépôts et garantissent vos économies jusqu’à un
certain plafond (en France 70 000€).
Je voulais faire un court résumé, j’ai écrit un roman. Que voulez-vous,
c’est si simple de s’enflammer lorsqu’on est passionné !