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AVIS: Je n'étais pas prêt pour un blog
Bonjour à tous et à toutes,
J'ai pris conscience du bien piètre bloguer que j'étais en regardant le nombre d'articles parus depuis maintenant près de 3mois. En lançant ce blog, j'avais l'espoir de fournir jour après jour de nombreuses informations, documentaires et réflexions sur l'actualité économique et politique. Ce travail est juste extrêmement prenant et demande une quantité de temps que j'étais loin d'imaginer. Lorsque je mets en ligne un article sur un sujet qui m'a interpellé, cela représente une quantité de temps tout simplement démesuré au vue de mon temps libre.Je n'étais tout simplement pas prêt à tenir un blog. Aussi ais-je décidé de transformer ce blog en une "base de documentaires et d'articles". Je m'excuses sincèrement auprès de ceux qui s'attendaient à plus, mais c'est vraiment le maximum que je puisses faire aujourd'hui.
On m'a plusieurs fois demandé pourquoi est-ce que j'avais lancé ce blog. Pourquoi attacher tant d'importance à l'analyse de notre société ou encore à une lecture critique de l'actualité? Je vais ici tenter d'expliquer les raisons qui me poussent à essayer d'engager discussions et donc réflexions.
Une chose est caractéristique de l'Homme. Il essayera dans la mesure du possible d'émettre le moins possible un jugement. Normal! Il est tout simplement impossible d'émettre un jugement sur les nombreuses situations ou actions auxquelles nous faisons face tous les jours. Si le matin vous vous levez et prenez un café, cette simple action pourrait-être le commencement d'une longue série de jugements. Est-ce que boire du café est vraiment bon pour mon corps? Qu’est-ce que le fait de boire ce café implique pour ses producteurs? Est-ce que le fait que ce café ait été transporté jusque dans mon pays peut-être compensé par le plaisir que je retire en le buvant? Etc.
Notre cerveau n'est clairement pas assez évolué pour pouvoir soumettre tous les éléments extérieurs à un(ou des) jugements. C'est pourquoi nous utilisons des raccourcis: Le café est une boisson acceptée par la société, sa consommation doit donc être positive au final et elle me procure un plaisir donc je peux boire du café. En permanence, nous utilisons des raccourcis. Si on peut considérer cet état de fait comme un acte de fainéantise intellectuelle, c'est surtout devenu une nécessité pour tout individu rationnel.
Le vrai problème réside dans le fait que parfois ces raccourcis ne nous emmènent pas aux mêmes conclusions que si l'on avait émis un jugement personnel. Cela est due à plusieurs raisons: -nous sommes tous différents. Chaque individu est unique mais nos sociétés construisent des modèles-des raccourcis- basés sur la volonté ou les sentiments d'une majorité. Ainsi il est tout à fait possible que les raccourcis élaborés pour l'ensemble de la société ne conviennent pas aux conclusions que nous aurions pu tirer individuellement. -Dans la plupart des cas, les "raccourcis" sont construits par une minorité de personnes que la majorité s'empresse d'accepter ou non. On parle de ce qui est "socialement acceptable ou non". Ces minorités de personnes peuvent avoir comme objectif le bien-être de la communauté mais aussi la défense de leurs intérêts personnels. -L'information dont nous disposons peut être imparfaite. Pour émettre un jugement juste (même si il est "collectif") il nous faut bien entendu des informations avérées et complètes. Il arrive souvent (presque toujours en fait) que nous ne disposons pas de la totalité des informations nécessaires pour émettre un jugement et il en est de même pour ceux (les politiques, les intellectuels, les scientifiques, etc.) qui établissent généralement les"raccourcis" que la société utilise. Pire, certaines informations peuvent être volontairement modifiées de sorte que les conclusions erronées qu'on en tirerait serviraient des intérêts privés. -etc.
En bref, les raccourcis apocryphes présents dans la société peuvent être dus à de simples erreurs de jugement ou à la manipulation de certains groupes d’individus.
Dans la majorité des cas, les comportements dus à ces raccourcis incorrects sont anodins. Parfois, ils peuvent pourtant être dramatiques et nous faire commettre des erreurs dont nous portons toute la responsabilité.
La meilleure façon de contrôler un groupe d'individus est de leur faire adopter ces "raccourcis". On contrôle alors leur pensée, ni plus ni moins, puisqu'on leur dit sur quoi porter un jugement.
Un exemple extrême illustre bien cette situation. Les historiens et psychologues se sont souvent demandés ce qui avait pu amener de simples soldats allemands à agir de manière aussi inhumaines envers leurs victimes. Au fils des années, plusieurs théories sont apparues, notamment concernant l'effet de groupe, la perversité innée des hommes,etc. Mais la plupart des spécialistes s'entendent sur un point: le fait que la responsabilité individuelle de ces hommes soit reportée officiellement sur leurs supérieurs directs réussissait à déculpabiliser assez les soldats pour qu'ils obéissent aux ordres.
La très fameuse expérience de Milgram est l'illustration même de cet état de fait (*explication ici). Tant qu'on les déresponsabilise, de simples individus peuvent se transformer en monstres et perdre toute forme apparente d'humanité. Je me permets exceptionnellement un petit copier/coller qui résume bien la situation:
L'obéissance à une autorité et l'intégration de l'individu au sein d'une hiérarchie est l'un des fondements de toute société. Cette obéissance à des règles, et par voie de conséquence à une autorité,permet aux individus de vivre ensemble et empêche que leurs besoins etdésirs entrent en conflit et mettent à mal la structure de la société.
Partant de cela, Stanley Milgram ne considère pas l'obéissance comme un mal. Là où l'obéissance devient dangereuse, c'est lorsqu'elle entre en conflit avec la conscience de l'individu. Pour résumer, ce qui est dangereux, c'est l'obéissance aveugle.
Pour préserver notre singularité, notre humanité et notre grandeur(et oui, tu es grand(e) toi derrière ton écran!!) il faut à tout prix éviter de tomber dans l'obéissance aveugle. Mais comme expliqué précédemment, il est impossible d'émettre notre jugement sur tout sans tomber dans la folie et il faut respecter certaines règles pour que la vie en communauté soit possible.
Alors que faire?
Le problème est réellement complexe et chacun y apportera une réponse personnelle. La mienne se base sur le fait que s'il est impossible d'émettre un jugement réfléchit sur tout, nous sommes tout à fait aptes à sélectionner les situations, les événements qui requièrent le plus d'être analysés et soumis à un jugement. De plus, développer un sens critique aiguë présente beaucoup d'autres avantages dans la vie privée comme professionnelle. D'où l'intérêt de ce blog. Sélectionner l'information et la soumettre à votre réflexion, votre jugement.
Si l'on pense à tous nos ancêtres morts pour que nous ayons la liberté d'exercer notre jugement Si l'on pense à toutes les choses qu'impliquent nos différentes opinions dans notre vie Si l'on pense à tous nos descendants qui vivront dans un environnement issu du fruit de nos jugements,
Alors il est de notre devoir de s'informer, d'être critique, de réfléchir le plus possible, d'agir en fonction de nos conclusions/prises de positions et d'essayer de transmettre ces conclusions au plus grand nombre (sans leur imposer). Sans oublier d'être heureux.
Pour commencer ce blog, j'ai voulu mettre en ligne un texte qui résumes bien ma vision actuelle des choses. La problématique permet d'aborder plusieurs aspects qui me semblaient pertinent! Bonne lecture!
Introduction
C’est en août 1991 que l’URSS implosa, signant le règne du capitalisme de marché. Depuis cette date, la quasi-totalité des pays ont adopté le mode de production capitaliste.La mondialisation économique, allant de pair avec la fin de la bipolarité du monde, annonçait le début d’un nouveau système-monde. Aujourd’hui, c’est l’heure du bilan. Nos sociétés ont profité d’une véritable révolution technologique, d’une croissance exponentielle des forces productives, sources de création de biens et de richesses, comme jamais auparavant. Mais, en quelques années, on a aussi assisté à une explosion des inégalités, aussi bien entre pays développés, pays en développement et pays pauvres qu’au sein même de ces pays. Alors que ce fossé s’élargit sans cesse, chaque jour, 100 000personnes meurent de faim ou de ses suites immédiates et 826 millions de personnes sont actuellement chroniquement et gravement sous-alimentées. Alors que nous ne sommes « que » 6milliards d’êtres humains, les moyens de production agricoles actuels permettraient pourtant d’en nourrir normalement 12milliards.
En réaction à cette situation, de plus en plus de voix se lèvent. Au quatre coins du monde, une société civile mue par une conscience sociale planétaire se réveille. Qu’ils soient liés aux mouvements altermondialistes, antimondialistes, anarchistes,socialistes, communistes ou de simples individus révoltés par les conséquences directes et indirectes du capitalisme de marché, leurs critiques se rejoignent pour contester ce nouvel ordre.
Dans quelle mesure l’émancipation d’une nouvelle société civile planétaire remet-elle en cause les fondements du capitalisme de marché?
I/ Les fondements du capitalismede marché
Bien qu’on puisse identifier plusieurs formes de capitalismes à l’heure actuelle, nous traiterons principalement ici du capitalisme financier de style nord-américain.
Dans L’Utopie néolibérale, Michel Bernard considère que c’est à l’aube de la sociologie que deux familles d’explication se sont formées pour tenter d’expliquer l’origine de la société, ce qui fait que les hommes collaborent. Ainsi, l’une serait fondée sur « un acte volontaire, un contrat social, un idéal social abstrait reconnu par une volonté générale et exprimé politiquement » tandis que l’autre serait bâtie sur« une sociabilité économiquement intéressée, sur une harmonie naturelle des intérêts individuels conscients de leur interdépendance ».
C’est cette deuxième explication qui serait à l’origine de l’idéal d’une société capitaliste basée sur le marché et la théorie de la « main invisible » d’Adam Smith, le tout dans le cadre d’un État minimal.
Ainsi, par le mécanisme des prix et du marché, on aurait trouvé un moyen efficace d’arbitrer le partage de la rareté entre les individus. Dans cette optique, les obstacles aux mécanismes de marché sont considérés comme allant à l’encontre du bien être social. Les diverses politiques de régulations mises en place par les États(droit de douanes, subventions, salaire minimum, etc.) et financées par les impôts seraient donc une abjection, le rôle de l’État devant être minimal pour assurer un « juste » partage des richesses.
Dans nos sociétés, ce discours est dominant. Comme le souligne Jacques Généreux, les médias fustigent réglementations et dépenses publiques mais glorifient la concurrence et la libre circulation des capitaux.La compétition individuelle est célébrée et la solidarité collective mise au placard.
Dansle cadre de la recherche perpétuelle de profits, les grandes oligarchies se sont imposées sur le marché mondial. Jean Ziegler décrit leur fonctionnement ainsi :
« L’appareil de domination et d’exploitation mondiales érigé par les oligarchies depuis le début des années quatre-vingt-dix est marqué par un pragmatisme extrême. (…) En son sein, des fractions opposées se combattent. (…)Leurs armes sont les fusions forcées, les offres publiques d’achat hostiles,l’établissement d’oligopoles, la destruction de l’adversaire par le dumping ou des campagnes de calomnies ad hominem. »
Le tout s’axant autour de la recherche de l’accumulation du capital, de l’argent,pour satisfaire des actionnaires représentés par des fonds de pension, des portefeuilles d’actions,etc. tous plus avides de rendement les uns que les autres.
II/ Les impacts du capitalisme contemporain
Sous cette pression et dans un contexte de compétitivité exacerbée, les entreprises se lancent dans une bataille acharnée contre les coûts de production. Pour survivre, elles recherchent donc en permanence une main d’œuvre qualifiée au moindre coût.Aujourd’hui on peut aisément parler d’exploitation au regard des conditions de travail d’une grande partie de l’humanité. Les entreprises du Nord délocalisent leurs usines vers les pays en développement ou les pays pauvres et offrent des salaires de misère à ces employés chinois, mexicains, indiens, etc. De plus,elles peuvent ainsi exercer un moyen de pression considérable sur les travailleurs du Nord, brandissant la menace de délocalisation dans les cas de revendications salariales. Travailler dans les pays occidentaux nécessite de plus en plus de diplômes, de qualifications, etc. Toutefois, même dans les milieux très spécialisés comme l’ingénierie, les entreprises privées commencent à aller chercher leurs « ressources humaines » dans des pays comme l’Inde. Petit à petit, les entreprises ont ainsi réussit à s’imposer dans leur relation avec les États, n’hésitant pas à exiger certaines conditions pour s’installer dans une région ou un pays. Par exemple, en février 2007 le gouvernement du Québec a accordé à l’entreprise Alcan, spécialisée dans l’aluminerie, une subvention de l’ordre de 2,7 milliards de $ pour qu’elle s’installe au Saguenay-Lac-Saint-Jean.Les états, pour freiner le chômage, se sont lancés dans un véritable flirt avec les grandes oligarchies. Dans celui-ci, les bouquets sont des subventions, les bagues des déductions fiscales et les boites de chocolat l’installation d’infrastructures au frais de l’état.
Toujours dans cette optique de maximisation des profits, la plupart des entreprises ne« peuvent pas » prendre en considération les dégâts potentiels sur l’environnement causés par leurs activités. Les limites à l’exploitation des ressources naturelles n’existent pas pour la simple raison que celles-ci sont considérées comme illimitées. Les conséquences naturelles engendrées par la production ne doivent pas être un obstacle à l’accumulation du capital. La pollution, la disparition des espèces, la destruction de l’environnement ne sont que des considérations de peu de valeur dans la spirale capitaliste.
Dans leur recherche de débouchés, les entreprises privées ont aussi entrepris ce que Ricardo Petrella appel « la privatisation de la vie », ces biens autrefois considérés comme des biens publics tel l’eau, les gênes, l’air, etc. En transformant ces biens en marchandises, le secteur privé remet en cause le droit à la vie.Aujourd’hui, « l’équation est simple : quiconque a de l’argent mange et vit. Qui n’en a pas souffre, devient invalide ou meurt ».
III/ L’émancipation d’une nouvelle société civile planétaire
Ce sont ces conséquences sociales, environnementales et morales de l’extension du capitalisme de marché qui ont provoqué l’émancipation d’une conscience sociale planétaire.
On parle pourtant de plus en plus du « lavage néo-libéral des cerveaux»,théorie selon laquelle les grands médias du monde (regroupés dans de grands groupes) ne donneraient de crédit qu’au système capitaliste. En regardant d’un œil critique les grandes chaînes de télévision ou en lisant la presse des grands journaux on peut aisément adhérer à ce point de vue. En outre, on est endroit de douter de l’objectivité des grandes groupes au regard de leurs sources de revenus (publicitaires). Alors sur quelles informations cette émancipation prend elle ses bases?
Une des facettes de la globalisation est la mondialisation des technologies de l’information, en particulier avec la révolution internet. Grâce à cet outil, on a assisté à la multiplication des sources d’informations. Des milliards d’individus peuvent ainsi communiquer entre eux, partager leurs points de vue et débattre sur des problèmes tant nationaux qu’internationaux. On a donc pu constater l’émergence d’une « culture commune » (pour le meilleur et pour le pire), une connaissance accrue de l’environnement et des enjeux mondiaux.
C’est principalement à partir de cette base que la contestation (contemporaine) a pris forme.
En réaction aux conséquences du capitalisme, on a assisté à l’émergence des mouvements écologique, altermondialiste, antimondialiste, à la création de syndicats internationaux, etc. Bref, à l’émergence d’une conscience sociale planétaire!
Prenons l’exemple de Greenpeace. Cette ONG, crée en 1971, regroupe près de 3millions d’adhérents et œuvre dans 40 pays à travers le monde.Son cheval de bataille est la protection de l’environnement. Récemment,l’organisation publiait un rapport intitulé La marchandisation des océans sur les liens entre l’ouverture des marchés et l’évolution à long terme des ressources et des revenus issus des pêcheries.Dans ce rapport, Greenpeace dénonce la surexploitation des stocks de poissons qui a abouti à la destruction des écosystèmes marins et a remis en cause la sécurité alimentaire locale.Selon eux, le tout serait dû à la réduction des droits de douanes mise en œuvre par les élites de la mondialisation qui se réunissent chaque année au Forum Économique Mondial(FEM) à Davos.
Pour transmettre de tels rapports, les différentes ONG ont vu la nécessité de faire front commun.C’est ainsi que s’est crée en 2001 une alternative sociale au FEM, le Forum Social Mondial (FSM).
En 2007, Greenpeace fut une des nombreuses ONG à participer au FSM qui s’est tenu à Nairobi en janvier. Alternatives Internationales rapporte ainsi les conclusions de Stefan Beaucher, en charge de la campagne Océans à Greenpeace France : « Le message envoyé de Nairobi à Davos est clair : les plans de libéralisation débridée du marché des pêcheries doivent être abandonnés immédiatement au regard des graves impacts sociaux et environnementaux de la surexploitation des ressources qui s’ensuit. Si les ministres assemblés à Davos persistent à évoluer vers une libéralisation aveugle, les écosystèmes marins et la sécurité alimentaire de milliards d’individus en paieront le prix. »
Du fait de leur impact grandissant sur les institutions du système capitaliste, ce genre d’évènements / idéologies attirent de plus en plus de participants / citoyens,au point qu’on parle désormais de l’émergence d’une nouvelle société civile planétaire.
« Un autre monde est possible »,« The world is not for sale » ou encore « Unis pour un monde plus équitable » sont autant de slogans qui rallient en effet un nombre croissant de personnes dans des organisations comme le FSM, Attac, Oxfam, etc.
Petit à petit, on assiste à la coalisation de nombreux mouvements citoyens agissants sur les 5continents. Ces « fronts de résistance », tel le FSM, permettent de freiner et parfois même d’éradiquer certaines des conséquences néfastes de la mondialisation.
Si la puissance des oligarques est si importante, au point de contrôler certains États,pourquoi tiendraient-ils compte des recommandations de ces citoyens conscientisés? Pour la simple et bonne raison que d’un point de vue capitaliste, les êtres humains sont avant tout des consommateurs et qu’ils peuvent prendre en considération des données autres que les prix dans leur choix de consommation. L’exemple le plus flagrant est celui de Nike avec ces légendaires « Sweatshops » où l’entreprise sous-traitait ses vêtements de sport. En 1997, la firme devait faire face à de nombreuses accusations concernant les conditions de travail de ses ouvriers asiatiques (touchant notamment le travail des enfants). Son chiffre d’affaire fut gravement affecté par le scandale et ce pendant plusieurs années, son directeur, Phil Knight,allant même jusqu’à déclarer : « Notre marque est devenue le symbole des salaires de misère, des heures supplémentaires obligatoires et de l'arbitraire ».
De telles situations d’exploitation sont régulièrement dénoncées parles syndicats, les groupes de pression, la presse nationale et internationale ou encore par des rapports d’organismes internationaux comme la BIT ou la BM.Ce sont d’ailleurs ces acteurs qui ont poussé de plus en plus d’entreprises à adopter des codes de conduites, y compris Nike.
Pour certains tenants du capitalisme de marché, les considérations écologiques et sociales ne remettent pourtant pas en cause le système économique en soit. Peut-on parler de la possibilité d’un « capitalisme durable » ou ces deux notions sont-elles antagonistes?
IV/ La possibilité d’uncapitalisme durable?
Peut-on allier business et écologie ou encore business et dignité humaine à l’échelle planétaire?
La formidable capacité productive du système capitaliste demeure un atout de taille pour l’Humanité et s’en priver sans tenter de résoudre les conséquences inhérentes à son utilisation constituerait une opportunité manquée. Plusieurs organisations supranationales,notamment l’Organisation des Nations Unies, s’attaquent à cette mission. Que ce soit l’Organisation Internationale du Travail(OIT), Organisation Mondiale de laSanté(OMS), l’Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) ou encore l’Organisation pour l’aide à l’enfance (UNICEF), tous travaillent d’arrache-pied à cette cause.Malheureusement, beaucoup de leurs réalisations sont anéanties au fil des ans par les accomplissements du Fonds Monétaire International ou de la Banque Mondiale.Ces deux organismes financiers internationaux, sont décrits en profondeur dans La grande désillusion écrit par JosephStiglitz, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale et prix Nobel d’économie. Le FMI et la BM sont sans doute les organismes les plus critiqués par les altermondialistes. Leur politique est axée autour du « Consensus de Washington »qui prône un marché mondial unifié et totalement autorégulé. Au regard des résultats de cette politique, on peut aisément parler d’un échec total. Des catastrophes économiques, sociales et écologiques engendrées particulièrement par lesinterventions du FMI, on peut toutefois tirer une leçon (leçon qu’on aurait du tirer suite à la crise de 1929) : pour qu’un système fonctionne, des réglementations sont nécessaires. Le capitalisme libéral de marché poussé à son extrême est une utopie qui ne peut pas fonctionner sur le long terme tant au niveau théorique qu’humain.
Certaines formes de « capitalismes régularisés »ont ainsi fait leurs preuves. Le capitalisme social-démocrate scandinave est sans doutes celui qui se rapprocherait le plus d’un « capitalisme durable » dans la mesure où son approchepréconise un développement durable tant au niveau humainqu’environnemental. L’idéal d’égalité des pays scandinave (propre à leur culture) reste dominant comme le témoigne leur système de protection sociale ou encore l’éducation.
Ces pays fortement réglementés ont su préserver les acquis sociaux des 30 Glorieuses (notamment grâce aux syndicats) tout en survivant à la mondialisation et constituent aujourd’hui un modèle pour nombre de pays développés.
La possibilité d’un« capitalisme durable » rassemble d’ailleurs de nombreuses factions de la nouvelle société civile planétaire.
Le président du très respecté Institut Worldwatch écrit ainsi dans l’avant propos de l’état de la planète 2006 qu’ « une des clés pour faire face aux problèmes planétaires comme le changement climatiqueest une coopération beaucoup plus grande entre anciennes et nouvelles puissances planétaires ».
Les échanges entre entreprises et contestataires du nouvel ordre économique sont de plus en plus fréquents. Le fait que l’ancien porte parole de Greenpeace Québec, S. Guilbeault,travaille aujourd’hui dans l’un des plus grands cabinets comptables du Canada n’est pas anodin. Celui-ci intervient comme expert-conseil externe auprès du service Responsabilité d'entreprise et développement durable de Deloitte à Montréal. La création de tels services se généralise dans les grandes entreprises, même si certains doutes subsistent quant à leurs motivations réelles (opération marketing ?« green flash » ?).
Alors que les échanges entre ces deux sphères de la vie politique et économique s’intensifient,déviant ainsi au fur et à mesure le capitalisme de marché de sa trajectoire originelle, certains sont septiques. La « cohabitation » peut-elle vraiment porter ses fruits à long terme mais aussi et surtout à moyen terme? Il semblerait en effet que ces problématiques puissent affecter la survie de l’Humanité étant donné l’urgence de trouver des solutions aux problèmes actuels.
En novembre dernier,le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, déclarait ainsi dans l'InternationalHerald Tribune : "On est tous d'accord. Le changement est réel et nous, les humains, en sommes la principale cause. Pourtant même à l'heure actuelle, peu de personnes réalisent vraiment la gravité de la menace ou son immédiateté"."J'ai toujours considéré le réchauffement climatique de la planète comme un sujet d'une urgence extrême. Maintenant, je crois qu'on est au bord d'une catastrophe si l'on n'agit pas". "Je ne veux pas être un oiseau de malheur. Mais je crois qu'on arrive à un pointcritique".
Pour les septiques de la « collaboration », la dictature des marges de profits, la passivité forcée des États bloquent toute possibilité d’actions concrètes tant au niveau public que privé. L’établissement d’un capitalisme durable avant l’effondrement de l’environnement, de l’économie, ou même des sociétés est improbable voir impossible pour eux. Dans l’arsenal de leurs solutions alternatives on retrouve la révolution mondiale, la décroissance, la formation d’éco-villages, l’établissement du troc, etc.Souvent qualifiés de radicaux, utopistes, dramatistes et autres qualificatifs moins respectueux, ils pourraient bien être le noyau de changements profonds dans nos modes de vie.
Conclusion
Pour conclure, on ne peut apporter à notre problématique principale qu’une réponse mitigée.
Si une partie de cette « nouvelle société civile planétaire » remet belle et bien en cause les fondements du capitalisme de marché, l’autre réagit à ses conséquences néfastes en prônant la collaboration avec le secteur privé.
Une chose est sure,l’histoire de l’Humanité est à un tournant déterminant qui pourrait se solder par la transformation radicale du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Il ne nous reste plus qu’à espérer que la transition ne se fera pas dans le sang et la misère !